L’Usine

  • Agglomération et Pylone à claine
  • Au centre, les Grands Bureaux
  • Casseurs de Fonte
  • Charge des wagonnets avec Ascenseur
  • Convoi fonte liquide, Saulnes à Senelle
  • Coulée de Fonte
  • Entrée voies de Chemin de Fer
  • Hall de charge
  • Hall de coulée de Fonte
  • Haut fourneau
  • Saulnes, groupe d'ouvriers
  • Une Locamotive à l'atelier wagon
  • Usine vers 1910
  • Usine vue de la grotte
  • Vue d'ensemble
  • Vue d'ensemble
  • Vue du Transbordeur
  • Les premiers Hauts Fourneaux
  • La Cimenterie
  • Le nouveau Château Marc Raty, au fond l'usine
  • Les Hauts Fourneaux disparus
  • Les premiers Hauts Fourneaux
  • Loco Jeumont
  • Locomotive Intérieur Usine
  • Montage du Tablier du Téléphérique de l'usine de la Chiers au Bois de Sélomon
  • Ouverture d'une poche à Fonte
  • Passerelle du Haut Fourneau avec Mr Konprobst, Contremaître chef
  • Chantier de Moulage
  • Train SNCF qui arrive dans l'usine

Société des Hauts-Fourneaux de Saulnes

La société des Hauts-Fourneaux de Saulnes a été fondée en 1872 par Monsieur Gustave Raty, au centre du bassin de minerai siliceux de Longwy en vue de fabriquer de la fonte de moulage.

La société comprenait : 

  • une usine métallurgique située à Saulnes, couvrant une superficie de 21 hectares et possédait 5 hauts-fourneaux d'une capacité de production annuelle de 210.000 tonnes de fonte de moulage ;
  • deux centrales d'une puissance totale de 8.500KWatts ;
  • une cimenterie de laitier assurant une production de 45.000 tonnes par an ;
  • un laboratoire central muni d'appareils les plus perfectionnés ;
  • une usine métallurgique située à Hussigny comportant 2 hauts-fourneaux d'une production de 110.000 tonnes.

Elle possédait en outre un riche domaine minier représenté par des concessions couvrant : 

  • à Saulnes : 143 heactares
  • à Hussigny : 104 hectares
  • à Sancy : 735 hectares

L'importance de son domaine minier assure à la société RATY un approvisionnement en matières premières, non seulement suffisant en quantité, mais surtout entièrement régulier en qualité, ce qui permet une fabrication réellement supérieure.

L'usine continuait son essor en se transformant et en se modernisant et après la guerre 39-45 la Société des Hauts-Fourneaux connut un nouveau développement et s'enrichit de nouvelles installations industrielles.

L'usine de Saulnes occupa jusqu'à 1000 travailleurs (ouvriers, employés, cadres). Bien entendu, cette activité de l'usine avait des répercussions heureuses, en amont et en aval, et Saulnes comptait ainsi de nombreuses petites entreprises (métalliques, laine minérale, montage, maçonnerie...) qui travaillaient par, et pour l'usine. Hélas le Marché Commun, au lieu d'apporter les bienfaits promis, aboutit  à une destruction progressive des appareils de production, notamment dans la sidérurgie et les  mines de fer de notre pays, destruction qui se poursuit encore de nos jours. Le démantèlement de l'usine de Saulnes commençait en 1965 et se poursuivait jusqu'en 1968. Aujourd'hui, il ne reste plus RIEN de la sidérurgie. Il n'y a plus d'extraction de minerai. Sur toute la zone industrielle occupée auparavent par l'usine, quelques petites entreprises de remplacement se sont installées, mais elles n'occupent pour l'instant que 100 salariés au plus.

Mémoire collective ouvrière

L'exploitation de la mine de Saulnes nécessitait de la main-d'oeuvre qui, en grande partie, a été fourine par les immigrés italiens...

C'est l'un d'eux, Dante VICINI, mineur, qui se souvient... Né en Italie à Perticara en mai 1898, Dante Vicini est arrivé à Saulnes en juin 1923. Il nous raconte...

"Nous étions trois copains, venus ici pour travailler à la mine Raty. Moi, j'avais de la famille à Longlaville, le lendemain on a fait les papiers, c'était le samedi ; le lundi j'ai tout de suite commencé à le travail.

Plus tard, après un an, j'ai fait venir ma femme et ma petite fille de 2 ans. La Société nous a fourni une petite maison, et quand la famille s'est agrandie, j'ai eu cette maison plus grande où je suis encore maintenant (60 ans après)."

Et le travail ?...

" Oh ! C"était dur, on commençait à 6 heures le matin jusqu'à 2 heures l'après-midi tous les jours ; il y avait un mineur et un manoeuvre ensemble, il fallait faire 12 wagonnets : 19 tonnes par jour en moyenne ; mais dans le temps, tout se faisait à la force des bras, on cassait le minerai avec une masse et on chargeait les wagonnets à la main avec la pelle, de plus on partageait la fine et la grosse.

Ce n'est que bien plus tard que l'on a été aidé d'un marteau piqueur. On était payé au tonnage, au rendement."

Et les avantages sociaux, la "couverture sociale" ?...

" Rien ! in n'avait rien, ni la sécurité sociale, ni les allocations familiales, rien que le salaire du père pour faire vivre toute la famille ; pas de vacances du tout, les congés payés, ça n'existait pas avant le front populaire en 1936."

En cas de maladie ?

" Si on tombait malade ou blessé, on touchait seulement la demie-journée, et tous les soins : médecin, pharmacie, étaient à notre charge entièrement."

Et en cas de grève ?

" Moi je ne faisais pas la grève, les autres étaient dans leur pays eux, ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient ; mais moi j'étais venu en France avec un contrat c'est une parole donnée, alors je ne vouslais pas le rompre et me faoire renvoyer.

Un étranger ! faire la grève, que vous n'êtes pas chez vous ! oh non !"

Après 1936, aux congés payés, en avez-vous profité pour partir ?...

" ...Non, je suis toujours resté à Saulnes, j'étais bien ici. Aux congés, j'allais à la chasse. L'Italie? Je n'y suis retourné qu'une seule fois, 30 ans après mon arrivée. J'ai travaillé à la mine pendant 30 ans et après j'ai travaillé à l'usine 15 ans, mais ce n'était plus pareil pour le salaire, elle était moins grosse la paye..."

Les accidents de la mine ?...

Avec une émotion mal contenue, Dante Vicini évoque celui qui l'a le plus boulversé.

" Ah oui ! j'en ai vu. Un jour un mineur, c'était sa dernière journée à la mine, il a reçu un placage qui s'est détaché et qui lui est tombé dessus ; il a seulement crié au secours ! au secours ! ..et puis plus rien... Juste sa jambe était visible...le copain manoeurve voulait essayer de le sortir pour l'emmener à l'infirmerie. Le chef a dit de tout laisser jusqu'à l'arrivés de la police. Alors la police est venue bien après, et elle a amené le cercueil dans la galerie, et on y a placé...ce qui restait de mon compagnon de travail."

Et cependant malgré cette vie dure vous n'avez pas de regret d'être venu à Saulnes?

" oh non, j'étais bien ici. Je faisais ma demie-journée à la mine, l'autre pour le petit jardin, et mon seul loisir, la chasse toujours la chasse, tenez, ici, ma collection de fusils..."

Après l'entretien et comme il le fait quasiment chaque jours, cet homme dont 45 années ont été consacrées au travail, à la mine ou ç l'usine, va se promener avec ses chiens sur le carreau de la mine... Certainement pour penser, encore et toujours, à ce qui fut, comme il le dit, toute sa jeunesse et toute sa vie.